Ce qui va sauver les auteurs : l’e-book

par Nick Alexander

Les e-books au secours des auteurs

Ce qui va sauver les auteurs : l’e-book


par Nick Alexander

Les lamentations des éditeurs sur la hausse des ventes d’e-books ressemblent tellement à ceux de l’industrie du disque qu’il n’en ressort qu’une grande impression de déjà vu.

Les livres électroniques sont, commente Nick Alexander, surtout un nouveau départ.

Nous savons tous que l’industrie du livre est dans un sale état. Borders [1] fait faillite, les avances initiales des auteurs se réduisent comme peau de chagrin et les nouvelles signatures des éditeurs sont plus rares qu’une métaphore originale. Il est maintenant hors de doute que les grandes chaînes de libraires et les grands éditeurs vont continuer à se contracter, à disparaître.

Mais qu’on y prenne garde : la fin de l’édition telle qu’on la connaît n’est pas forcément une mauvaise nouvelle pour les écrivains et, pour cette même raison, pour les lecteurs.

Je suis écrivain.

L’un de ceux, nombreux, qui au cours des dernières années ont échoué à décrocher le moindre contrat chez un de ces grands éditeurs, même pas un soupçon d’intérêt. Et de fait, quand moi et d’autres comme moi se sont autoédités pour publier nos romans — chose rendue possible par cette nouvelle technologie de l’impression à la demande — nous avons découvert que nous faisions des ventes substantielles, ce qui prouve qu’il y avait une demande. (Mon premier roman 50 Reasons to Say Goodbye [2] s’est vendu à plus de 7.000 exemplaires sans débourser un seul penny en frais de marketing). Et à en juger par les dizaines de critiques positives et enthousiastes et les centaines de mails reçus, mon travail a rencontré un succès public, sinon critique.

Auteur et débutant : impossible de décrocher un contrat

Je suis écrivain. L’un de ceux, nombreux, qui au cours des dernières années ont échoué à décrocher le moindre contrat chez un de ces grands éditeurs, même pas un soupçon d’intérêt. Et de fait, quand moi et d’autres comme moi se sont auto-édités pour publier nos romans — chose rendue possible par cette nouvelle technologie de l’impression à la demande — nous avons découvert que nous faisions des ventes substantielles, ce qui prouve qu’il y avait une demande. Mon premier roman 50 Reasons to Say Goodbye2 s’est vendu à plus de 7.000 exemplaires sans débourser un seul penny en frais de marketing. Et à en juger par les dizaines de critiques positives et enthousiastes et les centaines de mails reçus, mon travail a rencontré un succès public, sinon critique.

De connaître un certain nombre d’écrivains dans la même situation, et d’avoir parlé à des agents qui vous disent qu’il est aujourd’hui impossible de décrocher un contrat d’édition pour un auteur débutant, je ne peux m’empêcher de penser que les mastodontes de l’édition et de la distribution en chaînes de librairies ont creusé leur propre tombe depuis si longtemps que la seule chose qui soit surprenante est que certains n’y soient pas encore tombé.

Promenez-vous dans n’importe quelle librairie et vous verrez des piles entières des mêmes bouquins insipides. Des piles entières de livres vaguement « romance et cul » à la Jacky Collins [3], des piles entières de « livres de filles » [4] aux couleurs pastel fric et rose bonbon. Et, devinez quoi ? ça ne se vend plus aussi bien qu’avant. Mais, allez voir un éditeur et proposez-lui quelque chose d’un peu différent, d’un peu bizarre, hors des clous, et ils vous répondront immédiatement que vous ne rentrez pas dans leurs critères : « C’est trop différent, trop particulier », répètent-ils. Et même si vous autoéditez votre prose trop différente, trop particulière – même si vous en vendez 7.000 exemplaires via Amazon et y récoltez des centaines de chroniques de M. et Madame Toulemonde [5] vous disant qu’ils ont adoré votre bouquin — essayez juste de convaincre ne serait-ce qu’un seul libraire de grande envergure de le vendre et de le stocker. La dernière fois que j’ai contacté Borders, ils m’ont répondu que tous les livres qu’ils référençaient et vendaient devaient passer par leur bureau de sélection américain et ils m’ont invité à en envoyer un exemplaire à New York pour étude. Je pense qu’ils ont mis la clé sous la porte avant même que mon livre ne puisse toucher leurs bureaux, et je ne peux pas dire que cela m’ait particulièrement attristé.

Un assortiment édulcoré

Les éditeurs et les libraires, pour avoir mal évalué les goûts des consommateurs, et pour stocker uniquement l’assortiment le plus édulcoré possible, sont de plus en plus rapidement en train de se rendre totalement non-pertinents, et les e-books changent complètement la donne, en poussant les choses à un tout autre niveau.

Tandis qu’il y a encore une dizaine d’années, un auteur devait franchir de nombreux obstacles et rechercher l’assentiment, dans cet ordre, a) d’un agent, b) d’un éditeur, c) d’un libraire, dans le simple but de voir son livre accessible au public, les e-books suppriment un à un tous les obstacles de cette censure en chaîne.

Si il ou elle sont à l’aise avec les ordinateurs (ou suffisamment à l’aise pour payer quelqu’un quelques centaines de livres pour embaucher quelqu’un qui l’est) un auteur peut, de nos jours, publier n’importe quoi et le rendre disponible en quelques jours seulement à des millions de lecteurs potentiels. Et aucun de ces nouveaux opérateurs, ni Amazon, ni Apple, ni bientôt Google Books ne cherche à anticiper les goûts du public. Ils fournissent juste un moyen de distribution, mécanique, de manière totalement transparente et démocratique. Laissons le public décider, disent-ils.

Bien entendu, il faut que les gens aient envie de lire des e-books, et c’est une certaine raideur caractérisée qui définit une partie de l’opinion qui affirme que les gens voudront toujours lire des livres imprimés en dur. Tout comme les gens voudront sûrement encore acheter des 33-tours. Quelqu’un a fait un tour chez Our Price [6] dernièrement ?

Aucun arbre n’a été coupé

La vérité, c’est que peu importe ce que tous ces tenants du « Non » voudraient faire croire aux gens, ces derniers achètent déjà des livres électroniques, et ce par millions. De nombreuses éditions numériques de livres dépassent leurs ventes papier analogiques, à mesure que les gens découvrent les nombreux avantages de lire sur leur téléphone, iPad et autre tablette Kindles [7] : des chapitres gratuits à titre d’essai pour tester un livre avant achat, un choix en théorie illimité, une disponibilité permanente sans prévoir à l’avance. (Votre avion a du retard ? Achetez un livre !), satisfaction immédiate, des prix plus bas. Et, bien sûr, aucun arbre n’a été coupé pour cela.

Et les contrats, pour les écrivains, dépassent tout ce qu’ils pouvaient avoir espéré. Alors que, si par bonheur vous parveniez à convaincre un éditeur de vous publier, le mieux que vous puissiez espérer percevoir était 70 pence par exemplaire vendu. Et là, déjà, autoéditez-vous avec Apple ou Amazon et ils vous reversent soixante-dix pourcent du prix de vente au numéro. Soixante-dix pourcent ! Aucun coût, aucun intermédiaire. Etourdissant.

Horreur !, malheur ! s’écrient les éditeurs ! Mais qui va filtrer toute cette merde ? Les gens vont pouvoir publier tout et n’importe quoi ?! Eh bien, oui. Même si quatre-vingt dix pourcent de ce qui paraît en autoédition est de la daube, peu importe, car on voit que des principes démocratiques fonctionnent. Les gens téléchargeront les échantillons gratuits des livres et décideront par eux-mêmes, et ce très souvent dès les premières lignes, ce qui est nul et ce qui ne l’est pas. Et une fois que dix personnes ont noté tel ouvrage comme « nul », c’est fini. Fin de partie. Mais pour ceux parmi nous qui ont combattu l’imbécillité crasse de l’industrie de l’édition depuis des années, pour ceux d’entre nous qui sont considérés comme trop gay, ou trop particuliers, ou trop crus, ou trop sombres, ou trop joyeux, ou trop hors-norme pour plaire à qui que ce soit assis dans les bureaux d’un monde qui s’effondre dans cette industrie finissante, ce nouveau modèle économique fournit la plus extraordinaire opportunité d’atteindre notre public, de découvrir si on a un public, sans cette bureaucratie sans visage et qui ne sait dire que « Non désolé, vous ne pouvez pas faire ça. »

Pour les écrivains, le simple fait de pouvoir dire, « Ben en fait, je peux, » c’est merveilleux, putain. Et je suis convaincu que, ce sera merveilleux pour les lecteurs aussi. [8]

Nick Alexander [Traduction de Tiphaine Bressin]

•• Article initialement publié sur Minorites le 1 mai 2011 et repris par Owni le 3 mai 2011.

Nick Alexander est Britannique mais habite en France depuis 1991. Il est l’auteur de six romans qui sont parmi les meilleurs ventes de fiction gay outre-manche, et sont disponibles (actuellement en VO seulement) sur le net et dans le plupart des librairies gay en France.

Notes

[1] Borders est une des plus grandes chaînes de librairies et de distribution de livres, musique et films aux USA. Elle a coulé en février 2011. Sa restructuration est en cours. Source : NY Times.

[2] 50 raisons de dire adieu - non traduit en français.

[3] Intraduisible. "Bonk-buster", aussi écrit "bonkbuster", est un type de roman à l’eau de rose dépeignant souvent de fréquentes scènes de sexe, souvent assez explicites. (Source : Wikipedia – hélas). Jackie Collins, la sœur de Joan Collins dans « Dynasty » est l’ambassadrice du genre.

[4] Idem, intraduisible. Outre l’erreur typographique, la "chick-lit" est un genre littéraire récent, dont des exemples peuvent être lus en français – « Gossip Girl », « Le diable s’habille en Prada » ou encore « Confessions d’une accro au shopping ». (Sources : Wikipedia et Babelio)

[5] M. & Mme Tout-le-monde. Ou, plus récemment, l’apparition de la fameuse Mme Michu, issue des cabinets de marketing. En Grande Bretagne, Joe Public, aux USA, John Q.

[6] Our Price était une chaîne de magasins de disques qui a fait faillite.

[7] Format de livre numérique développé par Amazon avec un succès assez considérable.

[8] The Case of the Missing Boyfriend, mon dernier roman, s’est vendu à plus de 50,000 exemplaires pour iPhone, iPad et Kindle, ainsi, bien sûr, que sur la technologie « arbre mort ». Celle-là, je l’ai piquée à Brain Celle Magazine – un exemple.

Mis en ligne par Bitin
 3/05/2011
 https://www.bitin.fr/ce-qui-va-sauver-les-auteurs-l-e.html